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 Paris, Montmarte - nuit.

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Léo Liehnn
Contemplateur de Veracrasse. Il faut bien débuter quelque part ...
Messages : 15
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MessageSujet: Paris, Montmarte - nuit.   Ven 1 Sep - 15:18


Il fait encore doux à cette époque de l'année. A la toute fin du mois d'Aout, les rues sont encore vides de la populace parisienne, cependant, le quartier de Montmartre n'est jamais laissé pour mort. En effet, les bars grouillent encore de monde en ce samedi début de soirée.
Les couples s'agichent, les touristes s'animent, le vieux Paris vit encore.
C'est sous les lumières tamisées que l'on voit s'approcher d'une terrasse un jeune homme les mains dans les poches. Pas une once de sourire sur son visage, Léo sortait d'une bouche de métro, plus particulièrement du métro Abesses. Quelques pas plus tard, on le retrouve donc devant un petit bar typique des lieux parisiens. Il prend place, commande une pinte de bière IPA (et oui !), puis s'assied en regardant la populace.

A sa droite, une bande d'amis un peu trop bruyants à son goût. L'une des demoiselles n'arrêtait pas de crier à cause de son soit-disant meilleur pote complètement amoureux d'elle qui la chamaille, devant elle, sûrement sa meilleure copine complètement jalouse d'elle car elle-même amoureuse du mec qui la taquine. Un triangle amoureux qui ne terminera sûrement pas bien, se disait Léo. Mais tout ceci le faisait rire à l'intérieur.
Il sortit donc une clope, une Marlboro plus précisément, qu'il alluma d'un coup vif de briquet pour enfin boire une lourde gorgée de bière. En bon Berlinois, il avait une bonne descente.
La bière étant la boisson phare de ces contrées.
Parlons maintenant du vieil homme à sa gauche, plongé dans la lecture du Parisien, complètement happé par un article sur le rapport d'investiture de ce cher Donald Trump.
Pas terrible, se disait Léo. Cela semblait lui rappeler de nombreuses choses, car ses yeux avait pris un aspect vide et pensif. Le vieil homme portait un chapeau noir, de vieilles lunettes de vue, une chemise soigneusement repassée, une canne ainsi qu'une paire de boots à la mode. La classe parisienne à l'état pur, si l'on veut. Laissant donc couler ses yeux vers la rue, il attendait, pensif, toujours en train de picoler pour ne pas perdre le Nord non plus. Léo attendait d'autres énergumènes plus riches encore, afin de continuer ses propre analyses sociologiques...

Le serveur n'arrêtait plus. Plateau en main, verres par milliers, même pas un sourire. Le jus de 21h un samedi soir, que voulez vous...

Parlons du SDF du coin. Posé sur le trottoir d'en face, accompagné de son chien bâtard pour lequel il sacrifiait sa baguette de pain. Les gens l'ignoraient, évidemment, bien trop timides ou gênés pour lui porter une once d'intérêt. Mais notre Berlinois lui, avait les yeux posés sur le vieil homme. Enfin vieux. L'était-il vraiment ? Derrière cette barbe sale, ces cheveux trop longs, il ne pouvait guère avoir d'avis. Donc il supposait, simplement, que l'homme devait avoir la quarantaine. Courbé comme pas possible, crasseux, il ne parlait pas, ne regardait même plus un passant, la main juste tendue auquel cas une pièce passerait par là.
Et c'est alors qu'une femme en manteau rouge arriva, une femme propre sur elle. Elle déposa un panier à ses pieds, tandis que les yeux verts et magnifique de l'homme se levèrent vers elle. La femme sourit, puis s'en alla sans demander son reste. Tout compte fait, l'homme devait être plus jeune homme. Trente cinq ans, tout au plus.

Et la vie parisienne reprenait son court, Léo en était à la moitié de sa bière, profitant encore de ses derniers instants de vacances, en loup solitaire, comme il pouvait être. Peut être quelqu'un viendrait-il l'approcher ? Ou bien seront-ils trop timides pour venir lui adresser la parole ? L'esprit observateur de ce jeune homme pouvait aguicher, comme rebuter. Peut être était-il dans un bon jour, ou voulait-il rester dans un mutisme absolu ?
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Eleonor Walton
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Ven 1 Sep - 20:24



”I believed I can fly…” “Mais t’es un telephone p*tain!”

Sur l’avenue des champs Elysées, à la nuit tombée, une Rolls Royce passait inaperçue. C’était à peine si les lumières satinées de la boutique Vuitton prenaient une seconde de leur précieux temps pour l’éclairer. En revanche, en pleine journée, près de Montmartre, la marque anglaise attirait plus l’attention, faisant se retourner ici ou là des touristes curieux. A l’intérieur, malgré les vitres teintées, une adolescente de bientôt seize ans se liquéfiait littéralement sur son siège. Difficile de savoir si son malaise était causé par son imagination débordante, à la limite de la paranoïa, qui estimait que chaque passant la jugeait de l’autre côté de la vitre, ou si c’était plutôt du au discours de sa mère, assise près d’elle, et dont chaque geste manquait de l’éborgner, à défaut d’appuyer des mots qui n’avaient pour seule utilité que de combler le silence. Finalement, la voiture se stoppa brusquement. Le freinage fut accueilli par une vague de protestations sonores typiques des grandes villes. Ce fut la tête basse qu’Eleonor sortit rapidement de la voiture. On entendit simplement la manifestation d’une voix féminine à laquelle l’adolescente répondit en anglais quelque chose qui ressemblait à :

« C’est près d’ici. Pas de souci ! »

Pressée d’en finir, elle claqua la portière avec un sourire rassurant et fila dans la première rue qu’elle vit sans demander son reste. Pourtant, après quelques minutes seulement, la réalité la rattrapa. Eleonor n’avait pas la moindre idée d’où elle se trouvait. Lasse d’écouter les discours de sa mère, sans oser le lui avouer, elle avait pris le premier prétexte pour filer. Initialement, elle devait se rendre à la voie des fêtes mais tout ce qu’elle pouvait voir en levant le nez se résumait en un immense bâtiment blanc qu’elle devinait être le Sacré Cœur.  

Elle était sortie si rapidement qu’elle avait laissé son sweat dans la voiture. Elle avait seulement son sac qui, malgré ses airs de tote bags, devait coûter une petite fortune. Heureusement que le temps était doux actuellement mais mieux valait-il pour elle ne pas trop traîner de façon hasardeuse trop tard. Eleonor sortit donc son téléphone. Un modèle récent, très semblable à ceux qu’on vendait partout, mais à bien y regarder, il avait quelque chose de légèrement différent. Un petit quelque chose en plus d’indescriptible. De magique. Elle ouvrit le GPS qui ne put que lui confirmer la rue où elle se trouvait et elle soupira de dépit. Elle aurait dû se douter qu’il n’allait pas se connecter au réseau internet moldu pour lui fournir une adresse sorcière. C’était idiot…

Ses doigts se mirent à pianoter rapidement sur le clavier tandis que ses yeux demeuraient fixés sur l’écran. Ainsi, sans même avoir besoin de relever le nez, elle fit un pas de côté pour esquiver un groupe de trois personnes qui se chamaillaient pour une raison qui lui importait peu. D’un nouveau pas, elle évita de renverser un panier qui trainait par terre – que faisait donc un panier par terre d’ailleurs ? – et, au moment d’appuyer sur la touche du ‘m’, ses doigts rencontrèrent le vide.

L’espace d’une seconde, le décor tranquille s’était animé d’un élément nouveau. Un très jeune garçon, une échappe remontée sur son nez malgré la chaleur, était passé en courant. D’un geste encore peu assuré, il avait tenté de saisir son téléphone. Mais, on ne volait pas l’essence même d’une adolescente du vingt-et-unième siècle aussi aisément et Eleonor avait eu pour reflexe de resserrer si fort l’une de ses mains dessus que le téléphone n’avait fini ni entre les mains du voleur ni entre celles d’Eleonor, mais dans les airs. Alors qu’elle regardait encore dans la direction de son agresseur, l’engin électronique terminait tranquillement son vol plané improvisé par un atterrissage en chute libre sur le plateau du serveur venu déposer une nouvelle bière sur l’une des tables.  Le plateau, tenu jusqu’alors d’une main pour assurer le style « cafés parisien », ne résista pas et on entendit bientôt un bruit caractéristique de verre brisé sur la pierre brute. La bière avait giclé, s’éparpillant sur le sol mais aussi sur le bas des vêtements d’un garçon assis là.

L’homme au journal en avait lâché sa lecture, trouvant probablement qu’un spectacle vivant valait mieux comme divertissement que les travers d’un président Outre-Atlantique. Quant à Eleonor, elle était devenue livide, incapable du moindre geste face à la catastrophe qu’elle avait provoqué sans le vouloir. La bouche ouverte, tel un poisson hors de l’eau, elle ne savait que regarder entre le sol, son portable disloqué, la bière qui s’écoulait entre les pavés et le pantalon de ce qui semblait appartenir à un homme. Chose qu’elle ne pouvait affirmer puisqu’elle s’obstinait à ne pas relever les yeux vers lui…  

« Oh my… I’m s… euh… je suis dé….désolée… » finit-elle par prononcer après de longues minutes.
©junne.




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Léo Liehnn
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Lun 4 Sep - 16:09



”Un gentleman bien étrange.”


Toujours aussi tranquille, notre jeune Berlinois avait donc commandé sa bière, l'avait sirotée, l'avait terminée lorsque finalement, la nouvelle bière qui vint près de lui suffire à son envie de picoler, se fit rapidement renverser par... un téléphone volant. Allons bon. Il scruta le verre brisé au sol, puis le serveur, et enfin l'objet du drame. Son pauvre sweat gris avait pris pour son grade aussi. Il soupira, regarda autour de lui et tomba sur une demoiselle d'un blanc immaculé, pétrifiée et un peu... ridicule. On aurait pu croire qu'il allait la déglinguer, mais non. Il se leva tranquillement, ramassa son téléphone puis le reconstitua minutieusement en ayant veillé à bien sécher les parties légèrement trempées. Il prit l'une de ses mains pour y poser son téléphone délicatement. Il avait les mains drôlement chaudes, d'ailleurs.

"Evite de l'allumer pendant un quelques heures, histoire qu'il sèche bien. Mais ça devrait aller. Au pire, nettoie-le avec de l'alcool pour éviter que ça colle. La bière c'est un peu chiant à ce niveau là."

Il ne l'avait pas regardée dans les yeux, pour le moment, mirant son objet qui devait valoir une blinde.

"Et tu me dois une bière." fit-il en posant finalement ses iris incroyablement bleus sur elle.

Tirant la chaise comme le ferait un gentleman, il ne lui laissa pas tellement le choix. Le serveur s'étant empressé de tout nettoyer, puis revint rapidement vers Léo qui lui glissa quelques mots.

"Deux bières pour la demoiselle qui se balade avec un téléphone sans craintes en plein quartier touristique et sa victime."

Sarcastique ? Quelque peu. Léo avait agi comme un doux mélange d'homme protecteur qui ne laissera pas la demoiselle terminer sa route toute seule dans ces quartiers un peu chaud le soir, le gentleman, et le manipulateur. Enfin tout ceci relevait plus de la bonté, finalement, même si son style était un peu différent des autres personnes. Ce qui était certain, c'est qu'il ne laisserait pas une si jolie fille de bonne famille se balader ici sans escorte. Quelle idée. Enfin pour le "jolie fille", ça n'était que purement objectif. Il n'y voyait pas là une victime potentielle, mais plus un bout de femme vulnérable dans les quartiers un peu chauds le soir.
N'ayant pas le choix, il enleva son sweat pour le poser sur le dossier de sa chaise, révélant un t-shirt d'un lieu Berlinois, le Berghain, plus grande boîte du monde. A croire qu'il était un fêtard, ou bien... qu'il n'y connaissait rien et l'avait juste choisi pour le flyer de cette soirée à laquelle il n'avait jamais sûrement dû aller. [HJ: http://www.serendeepity.net/wp-content/uploads/HOTFLUSHTEE005A.jpg ].
Pas le temps pour les conversations non plus. Léo n'était pas du genre bavard, il ne dirait pas un mot plus que l'autre. Il préférait garder une part de mystère, oui, tout comme il s'imaginait des milliers de choses en regardant ses voisins. L'homme au journal était retourné dans sa lecture, le triangle amoureux avait cessé de piailler pour le grand bonheur du Berlinois, et le reste, bon, il s'en fichait. Il avait un peu plus important à faire: récupérer ses bières et profiter de la douceur de la nuit.

Le serveur déposa le tout sur leur table, ainsi qu'une note que Léo déposa devant la demoiselle. Non, il n'allait pas lui demander le pourquoi du téléphone tombé. Il avait facilement deviné, ayant vu courir le jeune homme avec une écharpe remontée jusqu'à son nez pour qu'on ne voit pas sa tête. Malin, sûrement. Calculateur aussi. Stratège à ses heures. Bref. Si elle voulait parler, elle pouvait. Mais elle se risquait sûrement à se faire remonter les bretelles par un Léo inquiet à son sujet, maintenant. Tsss.
©junne.
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Eleonor Walton
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Lun 4 Sep - 21:02



Même un poisson peut éviter les problèmes s’il garde sa bouche fermée…

Eleonor bredouillait toujours des excuses incompréhensibles lorsque l’inconnu lui prit la main. Son premier réflexe se résuma en un mouvement de recul, afin de tenter de fuir cet homme qui allait probablement la frapper. Ou pire encore. Elle avait fermé les yeux une seconde, attendant la sentence de son bourreau d’un jour, ne pouvant fuir tant qu’il la retenait ainsi. Pourtant, tout ce qu’elle sentit se résuma en un objet entre ses mains alors qu’il s’éloignait déjà. Interloquée, l’adolescente observa ce qu’il restait de son portable. Mise à part un éclat au niveau de la coque, il n’avait rien. Mais quand l’allemand avait-il pu reconstituer l’appareil ? Trop occupée à paniquer, elle ne l’avait pas vu réagir. Elle hocha la tête en silence, approuvant ses conseils. Dans son état, elle aurait probablement approuvé ainsi n’importe quoi.

Pourtant, maintenant qu’elle était certaine qu’il n’allait pas s’énerver, les neurones d’Eleonor se reconnectaient peu à peu les uns aux autres. Elle tenta même un sourire en soufflant tellement doucement qu’il fallait se pencher pour l’entendre dans le brouhaha ambiant de la nuit qui tombait.

« De l’alcool… je pense qu’il a assez bu pour l’instant…»

Elle retourna son téléphone entre ses mains, jaugeant la situation. Elle se trouvait donc désormais dans un quartier inconnu, seule, sans moyen d’appeler qui que ce soit et encore moins d’appeler un taxi de si tôt. La nuit tombait plus vite que prévu. Elle aurait pu tenter de demander le portable d’un inconnu afin d’appeler ses parents. L’idée avait néanmoins disparu si tôt qu’elle avait effleuré son esprit.

Si elle faisait cela, elle avouerait par là même qu’elle avait menti et qu’elle ne savait pas se gérer. D’autant plus qu’elle se connaissait et sa capacité à mentir frôlant le zéro absolu, elle risquait de directement indiquer qu’elle avait failli se faire voler son portable. Sa mère allait paniquer. Elle allait se faire tuer. Sa mère la ressusciterait pour pouvoir la tuer de nouveau et empêcherait ensuite son cadavre de sortir sans escorte jusqu’à la fin des vacances. Hors, se promener dans la voie des fêtes avec ses parents moldus, ou pire, un homme payé pour lui servir de baby sitter, c’était la honte… Il en était hors de question.

Sa décision était prise. Elle serait une grande fille et se débrouillerait toute seule ce soir. Eleonor rangea son téléphone dans son sac d’un geste décidé et volontaire mais sa mine confiante se métamorphosa rapidement pour afficher une certaine confusion. Elle pensait que le blond voulait ‘une bière’. Pourquoi en commandait-il deux ? Ses yeux se posèrent sur la chaise qu’il tirait, comme une invitation claire.

« Oh euh… je sais pas si… » débuta-t-elle nerveusement.

S’asseoir avec un parfait inconnu à la terrasse dans café ? Jamais au grand jamais Eleonor Walton n’avait fait ça de sa vie. Elle venait de décider de se débrouiller seule ; pas de suivre le premier inconnu qu’elle voyait dans la rue. N’y avait-il pas un certain nombre de contre-indications que l’on citait au Petit Chaperon Rouge à ce sujet ? Juste après la règle selon laquelle il ne fallait pas accepter de bonbons qui vous menaient vers des camions décorés de façon douteuse…

Pour la première fois depuis le début de leur entrevue, la brune observa vraiment ce grand jeune homme assis à sa table de café. Pas de blouson de motard comme dans les films. Pas de moto dans le coin d’ailleurs. Il dégageait néanmoins ce petit quelque chose de garçon des rues. Ce côté débrouillard de gars qui emmerdait le monde. Cette confiance en lui tranquille qui émanait des garçons qui se savaient craquants. Elle se fit la réflexion qu’il aurait été parfaitement à sa place dans une série dans le rôle de l’étranger beau gosse et rebelle devant lesquels les filles se pâmaient le lundi en revenant au lycée.

Eleonor se retrouva finalement assise sur la chaise, partagée entre l’excitation, le stress et un soupçon de peur. Le temps qu’elle se décide, le barman était revenu et avait déposé sur la table les deux bières. Elle fouilla nerveusement dans son sac, le faisant tomber par terre avant de le récupérer, les joues rouges. Si le malaise pouvait avoir un visage, elle le représenterait parfaitement. Finalement, Eleonor trouva sa carte bleue. Ou plutôt sa carte noire car l’adolescente, du haut de ses quinze ans, se promenait avec une Black Card dans un portefeuille de bonne facture en cuir souple.

Pour ne rien arranger, Léo n’avait pas dit un mot depuis qu’il avait passé commande. Eleonor se tenait droite sur sa chaise, tel un lapin qui attendait le premier coup de feu pour s’enfuir à toute jambe. Elle n’avait jamais été douée pour engager la conversation. Habituellement, elle laissait plutôt les garçons ou Maggie s’en charger.

« A…Alors euh… » débuta-t-elle incertaine.

Devait-elle lui demander son prénom ? Ce qu’il faisait là ? N’était-ce pas un peu trop personnel comme question ? Son regard bifurqua naturellement vers le décor autour d’eux, cherchant un point d’ancrage maintenant qu’elle avait décidé qu’il lui fallait un sujet de conversation le plus neutre possible. Ses prunelles grises tombèrent alors sur le sweat enlevé quelques secondes plus tôt.

«  Oh. Le pull. Je… je vous en rachèterai un. Oh euh… mais c’est un modèle spécial ? Je euh… je paierai le nettoyage. A sec. Si euh… Combien cela peut coûter… 40 morn… euh je veux dire 40 euros ? Et le T-shirt. Ça va le T-shirt ? C’est ma faute donc euh, je paie pour les euh…les soucis. Pas de problème. »

Dans son cafouillage où son accent américain ressortait, elle avait rouvert son portefeuille, mais du côté des pièces où un petit tas de mornilles était soigneusement rangé. Raison pour laquelle elle avait tout naturellement énoncé la monnaie qui s’y trouvait avant de se reprendre de justesse. Elle n’avait presque pas de monnaie moldue de toutes façons et elle entreprit rapidement de lui mettre deux billets de vingt euros sur la table à la place.

Avec tout ça, elle n’avait pas touché à sa bière.

©junne.




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Léo Liehnn
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Lun 4 Sep - 21:44



Le petit Chaperon Rouge au beau milieu de la faune parisienne.

Si elle avait eu un mouvement de recul, Léo lui, ne l'avait pas retenue et ne s'en n'était pas non plus étonné. Heureusement qu'elle était un peu méfiante, c'était peut être une sorte de test de sa part pour voir si elle était si naïve qu'elle en avait l'air, la demoiselle. Les yeux fermés, donc... dès lors qu'il avait posé ses yeux sur elle, il fronça les sourcils. Ce malaise, décidément... ce bout de femme était vraiment laissé là comme ça, sans défense ? Sacrebleu. Si elle savait ce qu'il pensait à l'instant... La vie parisienne le soir ne se résumait pas à la beauté des rues ou aux lumières des lampadaires, ni même aux belles rues piétonnes. Non, les rues de la Capitale pouvaient être redoutables, même pour la plus forte des demoiselles. Alors les êtres qui avaient l'air un peu faibles comme elle, les méchants n'en feraient qu'une bouchée.

Et voilà qu'elle s'adonnait à une petite blague. Peut être n'avait-elle pas fait exprès ?

Léo ne put s'empêcher un léger sourire sur le coin de sa lèvre, mais ne dit rien de plus. Il avait légèrement levé le sourcil gauche, et son oeil s'était un peu éveillé. Une once d'intérêt un peu plus particulier pour elle, visiblement. Derrière ce masque de pudeur et de peur, se cachait sûrement une personne, hein. Il le savait. Mais n'étant pas le genre de personne qui brusquerait quelqu'un, il n'ira pas casser cette carapace de lui-même. Si elle voulait s'ouvrir, très bien. Si elle ne voulait pas, tant pis. Taciturne comme il pouvait être, il la surveillerait simplement de loin, voilà tout. Ou resterait muet devant elle jusqu'à ce qu'elle daigne dire qu'elle devait partir, froncer les sourcils, la suivre jusqu'à ce qu'elle arrive à bon port. Tant pis si elle croirait à un pervers qui voudrait lui soulever sa jupe. Le principal serait la sécurité. La réputation, il s'en fichait royalement. Et oui, elle était seule ici, sans moyen de pouvoir contacter quelqu'un.

Finalement, après avoir balbutié quelques mots, elle s'assit devant lui. Léo but sa bière en trinquant dans la sienne, comme pour lui signifier qu'il fallait qu'elle se détende. Mais en voyant qu'Eleonor sortait une Black Card comme ça devant son nez, devant le nez des passants voire même le nez de n'importe quelle personne ici, dans des petits mains frêles... Il posa sa main sur la sienne, et donc sur la carte.

"Hey, sors pas ça ici comme ça. On sait jamais. Je n'veux pas te faire flipper hein, mais t'as déjà failli te faire voler ton téléphone, donc bon. Ils sont malins les loubards dans le coin, ils savent très bien à qui ils ont affaire, et sont capables de te suivre surtout si tu leur sors une Black Card comme ça. Tsss."

Elle voulait se faire gronder, hein ? La forçant à ranger sa carte, il sortit un billet de 10 euros pour enfin le donner au serveur puis soupira un coup.

"Bois un coup, et déstresse un peu. Je suis pas là pour te bouffer ni rien. T'as l'air paumée, je sais pas ce que tu foutais ici toute seule mais c'est pas très très malin."

Bien sûr, il n'allait pas pour le moment lui donner de solution. Si elle voulait s'en sortir seule, elle pourrait très bien demander un taxi au serveur, un téléphone au bar ou autre. Il ne s'inquiétait pas pour ça. Mais ses yeux voulaient vraiment... la rappeler à l'ordre. Ou tout du moins, lui expliquer qu'il ne la laisserait pas partir comme une fleur. Non, il ne la kidnappait pas, mais presque. Et même si allure de beau gosse à la Ryan Gosling plus jeune mettait un peu mal à l'aise, même si une certaine assurance avait un côté un peu dérangeant, il s'en fichait le Léo. Il n'était pas là pour démontrer quoi que ce soit. La beauté, bon. C'était accessoire. Il avait simplement eu de la chance. Par contre, les deux avaient un point commun: ni l'un ni l'autre ne savait comment aborder une conversation. L'un s'en fichait, l'autre stressait. Mais dès lors qu'elle sortit deux billets de vingt euros de son porte monnaie, il secoua la tête dépité, et se permit un petit rire.

"Alors toi... t'es un vrai cas. Garde tes sous, j'ai pas besoin de ça. Si tu savais le nombre de fois où je me suis pris des pintes renversées sur ces fringues... pas besoin de pressing. J'ai une machine à laver chez ma mère, ça va bien se passer. Oh et puis me vouvoie pas, tu seras gentille."

Des comme ça, il n'y en avait pas deux. Il était tombé sur un vrai numéro, ou bien était-ce un spectacle de rue ? Il ne savait pas. Une question le taraudait, visiblement.

"T'es pas d'ici toi. T'es arrivée y'a longtemps ? On dirait un animal perdu au milieu des sauvages de Paris. Sois plus prudente, vraiment. Tu pourrais te faire bouffer par un loup-garou dans un coin de rue à force. Oh, et range tes mornilles mieux que ça hein... c'est pas super discret."

Alors il avait remarqué. Oui oui. En fin observateur, Léo n'était pas du genre à laisser un détail passer. Son accent, aussi. Sa manière de bouger, d'agir. Il avait bien compris qu'elle n'attendait qu'une chose: fuir. Mais peut être allait-il vraiment la faire fuir, à force. Peut être trop cash. Peut être trop brutal... peu importait. Il n'avait peur de rien. Si elle désirait partir, il la laisserait faire. Sous couvert de quelques conditions sécurisantes, quoi. Le petit lapin dans une forêt infestée de loups. A croire qu'on était dans un conte pour enfants... avec un Chaperon Rouge naïf pour protagoniste, et un chasseur qui la sauverait des grands méchants loups. Enfin, ne soyons pas trop prétentieux. Ils n'étaient que deux élèves de Beaux Bâtons encore inconnus, s'étant croisés par hasard dans un bar parisien. Mais ça, ils allaient potentiellement le découvrir petit à petit, à mesure de quelques bouts de phrases... ou d'indices lâchés partiellement dans des coins.

"Bon, et pour pas y aller par quatre chemins, je m'appelle Léo. J'arrive tout droit des Carpates."

Pour ne pas dire Durmstrang.
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Eleonor Walton
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Mar 5 Sep - 23:18



L’alcool n’a jamais aidé à résoudre les problèmes. Ceci dit, l’eau et le lait non plus.


La notion d’espace vitale et de gêne étaient-elles à ce point étrangères à ce grand blond pour qu’il lui prenne ainsi les mains sans se poser de questions ? De l’extérieur, assis l’un en face de l’autre à la terrasse d’un café de la ville lumière, ils ressemblaient sans doute à un jeune couple se murmurant des mots doux, les mains enlacées. Cette pensée, aussi simple que fugace, traversa l’esprit d’Eleonor et la fit rougir instantanément jusqu’à la racine des cheveux. L’américaine avait cette incroyable capacité à se faire des films avec peu de choses et il lui fallut le temps que Léo termine son laïus, pour qu’elle comprenne qu’il souhaitait simplement cacher aux yeux des passants sa carte bancaire. Plus logique. Elle ne savait pas si elle se sentait soulagée ou déçue mais son visage conservait une teinte rosée, refusant de céder totalement le terrain à la rationalité.

« Je… Je connais pas bien ce quartier. Est-ce qu’il… » Elle baissa d’un ton, ne voulant vexer personne autour d’eux avec ses paroles, avant de poursuivre : « Est-ce qu’il craint ? »

L’endroit lui paraissait vivant et animé. Il y avait bien quelques personnes assises dans la rue, des filles peu vêtues, un voleur de portable… mais rien de bien choquant quand on traversait régulièrement Times Square finalement. Il manquait même une ou deux mascottes de Mickey et Bob l’éponge au milieu des touristes qui trainaient encore. Avait-elle atterri dans le Bronx Parisien sans y prendre garde ? De façon imperceptible, l’adolescente se crispa sur sa chaise, le stress montant d’un cran au creux de son estomac.

« Désolée… »

Elle aurait pu se rebeller un peu contre ce sermon d’un parfait inconnu. S’affirmer en scandant que le voleur n’avait rien pu lui dérober et qu’elle savait très bien se débrouiller seule mais, elle n’avait ni l’assurance teigneuse de Maggie, ni la faculté à mentir de Haize. Son désaccord ne se présenta pas là où on aurait pu l’attendre mais elle finit par resserrer ses mains sur les billets qu’elle avait sortis et que Léo refusait presque dédaigneusement à ses yeux. Il avait payé les bières sans lui laisser le temps de réagir et maintenant, il rejetait toute aide de sa part alors qu’il l’avait fait asseoir là ?

« Mais…Mais non. » souffla-t-elle, si bas qu’elle-même eu du mal à s’entendre. La suite fut dite de façon plus audible, montant en tonalité à mesure qu’elle montait en assurance.
« Je … je ne bouge pas si vous.. tu… si tu me laisses pas me euh… comment vous dites… me revendre. »
Dans la langue de Molière, le bon terme était plutôt ‘’se racheter’’… Mais Eleonor y était presque. Et c’était l’intention qui comptait après tout. Elle avait toujours les joues aussi roses mais elle tentait vraiment de prendre sur elle afin d’avoir l’air sure d’elle. Dans son esprit, elle y était presque d’ailleurs. Sourcils froncés, voix à peine cassée… Pour se donner un semblant de contenance, l’adolescente saisit même la bière en face d’elle dans laquelle Léo avait trinqué et la porta à ses lèvres. Le goût était amer. Désagréable. Elle esquissa une grimace qui lui fit perdre tout semblant de crédibilité avant de regarder ce qui était noté sur l’étiquette sans le comprendre vraiment. C’était vraiment censé la faire déstresser ?

« Je sais pas ce que tu trouves… »
A savoir, ‘’ce qu’il trouvait à la bière’’. Mais, à bien y réfléchir, cette boisson avait un goût de reviens-y et elle en rebu une gorgée, juste pour être sure qu’elle n’aimait pas trop ça… Peut-être n’était-ce pas si désagréable finalement. Elle aurait pu goûter bien plus tôt à sa version américaine si elle avait poursuivi sa scolarité dans le même collège que ses frères… Elle rattrapait en une soirée le temps perdu.

Finalement, ce fut Léo qui attaqua avec les questions personnelles. Elle releva vers lui des yeux plus alertes, éveillés par les bulles. Elle ressemblait tant que cela à un animal perdu ? Elle baissa les yeux sur son sac, regarda une seconde fois autour d’elle et du se rendre à l’évidence qu’elle n’était pas exactement à sa place ici.

« Ca n’existe pas les… » débuta-t-elle avant qu’il ne parle de mornilles. Eleonor referma la bouche, soufflée. «Désolée… » répéta-t-elle finalement pour la énième fois en moins de cinq minutes.

Toutefois, cette fois, elle le regardait avec un œil légèrement différent. Pas besoin d’énoncer à voix haute la chose. Mais, aurait-elle pu deviner d’elle-même ? Il paraissait si…normal. C’était bien la première fois qu’elle rencontrait un sorcier en territoire moldu. Quelles étaient les chances que cela puisse arriver ? Une sur mille ? Deux milles ? Après plus d’un mois et demi entouré de moldus uniquement, Eleonor n’aurait pas cru que cela lui manquerait finalement de parler à quelqu’un du monde magique. Pourtant, elle s’apercevait qu’elle était étrangement contente en cet instant et ce fut presque avec enthousiasme qu’elle répondit.

« Manhattan. Là euh… je suis dans un hôtel dans le 1er arrondissement pour euh…les vacances. »

Elle reprit une gorgée de bière plus longue cette fois et la laissa glisser contre sa gorge avant de répondre à sa présentation par la sienne. On ne pouvait pas la qualifier de parfaitement à l’aise mais elle ne paraissait plus sur le point de tomber dans les pommes à cause du stress ou de s’enfuir à toutes jambes. Pas tout de suite tout du moins.

« Eleonor. Tu euh… t’es là pour les vacances ? Tu parles bien français… »
Et dire qu’après deux ans dans le pays, elle faisait encore des fautes avec cette fichue langue aux innombrables règles de grammaire et exceptions d’exceptions…Pour la peine, elle reprit une gorgée tiens.

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Léo Liehnn
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Mer 6 Sep - 3:38



Les premières fois, c'est toujours un peu amer. Surtout avec la bière.

Hm, ressembler à un jeune couple, vraiment ? Léo se voyait plus comme un vieil oncle qui prenait soin de sa belle nièce. N'exagérons rien. Il était là en protecteur des familles, mais avait plus ce regard intrigué, petit à petit. Car oui, soyons sérieux, la demoiselle cassait peu à peu sa carapace d'animal frêle et sauvage pour montrer une demoiselle plus... confiante ? Naaaan. Ne soyons pas trop gourmands. Elle parlait juste plus, et avait moins l'air de vouloir prendre ses jambes à son cou, ou courir plus vite qu'un certain Bolt. J'vous jure, les filles de nos jours... d'un compliqué. Mais on en mangerait. Enfin, je vous dis ça car oui, je suis le petit doigt de Léo. Léo lui, était plus dans l'optique de boire sa bière tranquillement, et si Eleonor voulait parler, il parlerait. Point. Sans fioriture. Il détestait ça.
Sa question d'ailleurs le fit à moitié s'étouffer dans sa gorgée de IPA. Les meilleures bières de l'Ouest, selon les bons buveurs de binouze. Il marqua un petit silence, ne sachant pas si il devait répondre ou plutôt complètement lâcher son intérêt vis à vis d'elle. Mais comment pouvait-il être insensible à son côté naïf... là... tout de suite. Il naviguait entre la bêtise ou la naïveté. Mais heureusement, moi le petit doigt je lui ai dicté la bonne marche à suivre. On a eu chaud.

"Toi, t'es vraiment paumée hein." fit-il pour commencer, "Ca craint un peu, ouais.
Le soir du moins. On est en plein dans un quartier touristique, et Paris l'été, même n'importe quand, ça pullule de gens blindés de pognon qui se font voler leur biff car trop démonstratifs. Fais attention. Et je te le dis, tu ne rentreras pas toute seule ce soir."


L'alcool avait-il été plus fort que le bon sens du Berlinois ?

Levant les yeux au ciel pour éviter qu'elle se méprenne, il soupira, bière en main, évidemment.

"'fin crois pas que je terminerais dans ton lit, hein. Je dis juste ça pour ta sécurité."

Autrement dit, si elle avait les codes, il n'allait pas la laisser rentrer comme ça, aussi jolie et vulnérable en plein Paris, blindée aux as et repérée par les loubards du quartier. D'ailleurs, il rapprocha sa tête d'elle et se cacha derrière la sienne, pour montrer un groupe de jeune gamins juste de l'autre côté du trottoir. Tapotant son épaule, il fit un mouvement de tête discret vers eux.

"Tu vois cette bande de p'tits gamins ? Ils sont là pour repérer les minettes comme toi.
Et j'espère qu'ils ont oublié que c'était toi et qu'ils n'ont rien vu de ta carte ou tes thunes car on risque de s'marrer à la sortie du bar sinon. Donc ouais, j'te laisserai pas rentrer seule,
désolé."


Il paraissait sec, paternaliste ou autre. Mais ce jeune homme semblait tout de même connaître les facettes classiques de la vie à la dure, ou la vie de loubard. En tant que fils de militaire, il avait sûrement eu les serments de son père. Ou bien avait-il déjà vécu ça ?
Il voyait juste ou connaissait bien le fonctionnement des rues.

Si Eleonor s'excusait, Léo s'en fichait. Il n'allait pas la complaindre dans sa connerie, loin de là. Au contraire, lorsqu'elle s'excusa, il regarda ailleurs, comme totalement insensible, la bouche légèrement pincée. Et la suite n'allait sûrement pas lui plaire. Ah si, en fait. Elle avait tout de même ce petit truc mignon qui ne le laissait pas indifférent, et lui montrait à quel point elle était paumée ici. Il soupira, une esquisse de sourire sur le coin de la lèvre.

"On dit pas revendre, mais se racheter."

Son soupire se poursuivit jusqu'à ce que finalement, elle le force à réfléchir. Elle voulait donc se racheter auprès de lui. Restant stoïque quelques minutes à fixer un point derrière elle, il termina par émettre une proposition, même s'il détestait ça.

"Ca ne sera pas pour aujourd'hui la revente, mademoiselle."

Son sourire espiègle marquait une pointe d'humour. Peut être comprendrait-elle ou non... l'humour Berlinois. Finalement, ce que l'on pensait germer comme une proposition avait terminé en sarcasme. Une belle fleur de sarcasme, bien rouge, bien malicieuse. Et ses joues roses, il les avait remarquées, évidemment, mais n'en disait rien. En Allemagne, les gens étaient souvent rouges, alors hein.
...
Non mais non. Il ne voulait juste pas marquer d'autant plus son gêne, et au contraire, passer totalement outre. Encore une fois, si elle voulait se détendre elle en avait l'entière possibilité. Après, l'attitude plutôt cash et sereine de Léo allait sûrement rendre la chose coriace et inespérée, quoique... quoique finalement, à la voir boire, on pouvait se dire que les choses allaient prendre une autre tournure. Mais bien évidemment, notre blondinet de l'Europe Centrale n'allait sûrement rien dire à ce sujet. Juste un bref coup d'oeil sur ses gorgées signifiait qu'il était satisfait de la voir picoler, malgré les grimaces. D'ailleurs, sa phrase tomba sous le sens de sa distorsion de visage. Il mira son verre et en termina presque le contenu.

"Ce que j'y trouve ? La IPA est une bière particulière. J'aime ce côté non sucré et amère. Et j'aime l'effet que ça me fait. Ca me détend, moi."

Avec le regard porté sur elle, cela sous entendait 'oui oui, toi aussi, et ça se voit'. Mais pourquoi parler plus qu'on ne le devait. Elle avait sûrement des cartouches, et sûrement assez de jugeote pour deviner ce qui se cachait sous ses yeux d'un bleu assez profond, qu'on se le dise.
Enfin. Ce passage fut long, pour Léo. Mais la voir boire sa bière et l'apprécier de plus en plus était plutôt plaisant pour lui. Ce qu'il voulait pour elle, c'était qu'elle soit tranquille. Il ne l'aurait pas forcée à boire, et si elle l'avait fait, c'est qu'elle en avait envie. Puis à la voir, elle y prenait de plus en plus de plaisir. Alors hein...
Passons donc au sujet des mornilles... tiens tiens. Il avait tourné les yeux d'un air blasé puisqu'elle avait voulu nier. Et elle s'excusa, encore une fois. Coulant ses yeux sur les siens, il secoua la tête, un peu dépité. Voire même forcé à lui dire... Lui qui détestait ça.

"Arrrrrête de t'excuser, roh."

Comment trouver la formule pour ne pas trop la vexer. C'était peut être raté. On avait d'ailleurs pu sentir l'accent Allemand dans le "r" bien germanisé de Léo. Simplement, en tant qu'homme qui disait les choses cashs comme on posait ses couilles sur la table, et bien il n'y avait pas d'autre formule. Mais devant elle, bon. Il devait peut être arrondir les angles ? Ou pas. Tant pis. Le mal était peut être fait, ou non, hein.

Et il était vrai, après tout ça, que les chances de leur rencontre étaient minimes. Et qui plus est, que les deux soient du même monde, surtout. C'est pourquoi une certaine curiosité s'était installée entre eux. Dès lors qu'elle lui avoua son prénom, Léo avait baissé la tête comme pour s'incliner poliment et tomber cette image de rebelle beau gosse à deux euros cinquante. Puis en voyant la gorgée qu'elle avait pris, il avait presque eu peur qu'elle s'étouffe. Mais il ne montra évidemment rien.

"Ben tu vois quand tu veux, hein. Enchanté Eleonor.

Tu vas t'arrêter là Léo, t'es sérieux ? Alors qu'elle vient d’aligner deux mots sans dire 'euh' ? Ah, si. Elle l'a dit. Mais bref. Elle parle. Tu parles.

Heureusement que son petit doigt était là parfois. Tâchez de vous rappeler qu'à défaut de tourner sept fois sa langue dans sa bouche, il ne faut jamais oublier l'importance que peut avoir un auriculaire.

"Donc tu dis, Manhattan... ben écoute, bienvenue. Je ne suis pas là depuis longtemps.
En vérité, ma mère et moi on est installés que depuis quatre mois. Et non, je ne suis pas là pour les vacances, je reprends les études après avoir quitté Durmstrang prématurément, donc t'imagine bien, à Beaux Bâtons."


Sec, sec, sec. Il est chiant Léo. Un peu de rondeur quoi.

"Et ouais, je parle bien Français car j'ai appris le Français via ma mère quand j'étais enfant. Elle a toujours rêvé de vivre ici. Je suis Berlinois, d'origine."

... Mais je suis né dans les Carpates. Dis-le, bordel. Fais pas genre tu es Allemand alors que tu n'as jamais vécu en Allemagne. Peut être était-ce une simple fierté, ou quelques vacances en famille dans les campagnes Allemandes, ou sur la capitale. Pour le savoir, il faudrait sûrement le demander. Encore faudrait-il que leurs deux langues se délient un peu plus que ça.
Dans tous les cas, le verre du dit Berlinois était vide. Un coup de pouce et hop, une nouvelle se vit atterrir sur leur table, ainsi que des cacahuètes, pour éponger. La IPA était bien plus forte que les autres bières blondes classiques. A bon entendeur.
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Eleonor Walton
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Lun 11 Sep - 19:07



« Tout n’est pas cirrhose dans la vie. » F. Dard.


Hollywood n’avait qu’à bien se tenir. Eleonor Walton aurait le prochain oscar du meilleur scénario dès sa sortie de Beauxbatons. Un mot, un seul, et elle pouvait créer une histoire complète. Nourri par les séries teenages, le cœur d’Eleonor ne pouvait que rater un battement tandis que Léo énonçait qu’elle ne rentrerait pas seule ce soir. Elle avait voulu jouer, se croire indépendant et aventureuse l’espace d’un instant, et elle avait perdu. Le loup allait dévorer tout cru le petit chaperon rouge, sans espoir de rédemption ni même une once de culpabilité. Il assumait totalement son indécente folie. Toute couleur avait quitté son joli minois de New Yorkaise alors qu’elle se demandait déjà comment s’échapper de ce pétrin. Mentalement, elle récitait la liste des sortilèges qu’elle connaissait, telle une litanie du dernier recours, psalmodiée en boucle pour se rassurer. Elle faisait peu cas en cet instant de la règle qui lui interdisait d’utiliser sa magie dans un lieu publique. Pour un cas de force majeure, ils comprendraient…

Elle se remit à respirer lorsque Léo compléta sa phrase après ce qui lui était apparu comme une éternité. Ses prunelles grises se firent plus critiques, comme si elle tentait de jauger le vrai du faux dans sa phrase. Il proposait vraiment ‘’simplement’’ de la ramener ?

« Je euh… je prendrai un taxi. »

Elle avait largement assez pour le payer après tout… D’autant plus s’il ne lui laissait rien dépenser malgré ce qu’il lui avait fait croire plus tôt. Néanmoins, le cœur du problème était ailleurs. Léo était étrange selon elle. Inviter une inconnue à boire une bière passait encore mais insister pour la raccompagner sans aucun soupçon d’arrières pensées ?

Même elle n’était pas assez naïve pour ne pas savoir ce que cela voulait dire généralement ! Dans les films, on ne montait pas ‘boire un dernier verre’ pour jouer au scrabble. Que cherchait-il exactement ? Et pourquoi se rapprochait-il ainsi tout à coup, mettant à mal la distance naturelle que la table imposait entre eux? Il allait vraiment falloir aborder le sujet de l’espace personnel acceptable entre deux personnes. Quel obstiné il faisait à le rompre aussi aisément sans tenir compte de ses réactions affichées. Malgré tout, peu importait l’inconfort dans lequel il pouvait la mettre, Eleonor ne bougea pas d’un millimètre cette fois. Etait-ce à cause de son regard ou de ce qu’il dégageait ? Difficile à dire. Mais, Eleonor se retrouvait devant lui, telle une « minette » comme il le disait si bien, prise sous les feux d’une voiture, attendant simplement l’impact. Ou un nouvel ordre.

En entendant ses paroles, tournées vers le groupe de jeunes qui trainaient encore dans le quartier, l’américaine releva le nez dans leur direction avec plus ou moins de discrétion. Elle n’avait aucune envie de se retrouver au milieu d’une bande de français(es) dans une guérilla de rue, comme sa mère les appelait. Le simple fait d’y penser faisait monter son stress d’un cran. Finalement, peut-être que ne pas savoir les intentions exactes de Léo n’était pas si grave. Elle relativisait un peu tout à coup, ne remettant pas une seule seconde en question sa bonne foi.
Naïve.
Elle ravala sa salive mais ne baissa pas les yeux cette fois-ci. Les messes basses du groupe étaient peu discrètes, leurs gestes peu subtiles. Ils ne faisaient aucun effort pour s’en cacher. Néanmoins, en voyant Léo se rapprocher de leur potentiel cible d’un soir, ils avaient fait mine de s’éloigner. Au moins pour un temps. Ils n’abandonnaient pas aussi aisément. Ils misaient plutôt tout sur l’alcool qui se diluait peu à peu dans les veines de la brune et sur le tournage de talons du blond dès lors qu’il se serait lassé. Ils étaient plusieurs. Ils pourraient tenter quelque chose dès lors que ce duo improbable franchirait le seuil de la terrasse, mais à quoi bon se fatiguer quand il suffisait de s’armer d’un peu de patience?

« Je… je crois que c’est dead… » chuchota-t-elle. «  Mais je euh, je veux biens que tu attendes le taxi avec…avec moi..  si tu… si tu veux bien. Enfin, si, si ça dérange pas trop. S’il te plait. »

C’était un bon compromis. Elle ne voulait pas se servir de Léo comme d’un bouclier humain anti-loubards mais elle se sentirait rassurée si elle avait quelqu’un près d’elle pour attendre, maintenant qu’il lui avait mis dans l’esprit un début de scénario de films d’horreur. Toutefois, si elle voulait mériter son oscar, il allait falloir faire mieux avec la langue de Molière car tout ce qu’elle put faire en se faisant corriger une énième fois par quelqu’un, fut de se mordiller nerveusement la lèvre.

« J’avais le ‘re’… » tenta-t-elle.

Pas la peine de s’excuser de nouveau. L’allemand n’était pas le premier à lui signifier que ses excuses ne servaient à rien mais c’était un automatisme et elle devait lutter contre elle-même pour que les mots ne franchissent pas naturellement ses lèvres. Cette fois, Eleonor ne s’excusa donc pas de sa faute de français et se contenta d’attendre, pendue aux lèvres de Léo afin qu’il lui souffle la marche à suivre pour se ‘racheter/revendre’ – rayez les mentions inutiles. Seulement, il se contenta de se jouer d’elle et la Walton ne sut quoi répondre à cela. Sur le coup, elle se contenta de prendre une gorgée de bière, sagement, laissant son emportement se dégonfler aussi vite qu’il était monté. Elle avait la soirée pour trouver quelque chose. Qu’il le veuille ou non. Et si elle devait acheter le fond de cave du bar pour cela, elle le ferait.

Mais, quelque chose lui disait qu’il valait mieux trouver autre chose avec lui, au risque de se faire disputer de nouveau… Une intuition.

« C’est l’alcool qui ‘détend’. Pas particulierely ta bière. »

Elle manquait de sucre, à son humble avis cette bière justement. Le champagne était plus doux. La bière avait un goût âpre de rue. Elle lui montait moins à la tête. Elle en était intimement persuadée, sagement assise sur sa chaise sans bouger. C’était traître de ne pas se lever ainsi. Sa langue se déliait d’elle-même, à mesure que le liquide ambré disparaissait. Lorsqu’il eut terminé de parler, son verre était vide. A croire qu’elle l’avait bu plus rapidement pour ne pas conserver l’amertume trop longtemps en bouche.

« C’est pas la première fois que je suis ici, tu sais… C’est euh… la quatrième fois. » Elle eut une seconde de silence, réfléchissant probablement à ce qu’elle venait de dire. « Well, en France. Paris je connais pas trop bien...On fait que les endroits pour les touristes... ou manger. Mais, Beauxbaton je connais bien. J’ai fait trois ans. C’est euh, c’est plutôt à moi de dire bienvenue, non ? »

Elle était plus étrangère à cette ville que lui mais Beauxbaton était un terrain connu désormais… à moins qu’ils n’aient entièrement changé pendant les vacances mais c’était hautement improbable quand même ! On ne remplaçait pas Madame Maxime d’un coup de baguette magique. Elle était trop grosse grande.

Eleonor prit une grande inspiration et leva finalement la main pour faire venir le serveur à qui elle donna son billet de vingt euros, rejeté plus tôt par Léo. Têtue la gamine. Et impossible de savoir ce qu’elle lui avait soufflé tant elle avait parlé doucement, rose toujours aux joues. Il revint finalement rapidement avec un pichet de mojito. N’en faisait-elle pas un peu trop ? Avoir trouvé quelque chose classe dans un épisode ne justifiait pas tout. Il fallait assumer ensuite… Poursuivre la conversation normalement par exemple.

« Oh. J’ai fait Berlin. Une fois. C’est pas très… joli. Paris c’est plus joli. So, je comprends… »

La France faisait plus rêver la mère de Léo et elle aurait pu être dans le même cas si ce pays n’était pas synonyme pour elle d’école. Toutefois, elle l’appréciait un peu plus chaque jour, à mesure qu’elle se faisait de nouveaux amis. Tellement mièvre. Mais tellement vrai.
Le mojito avait été entamé, après un silence léger, lorsqu’Eleonor reprit la parole sans vraiment y penser :

« Toi aussi on t’a viré ? »

Venait-elle vraiment de dire cela à haute voix ? Elle rougit un peu et s’entassa sur sa chaise. Elle ne pouvait pas demander cela ainsi. La politesse et la décence… que diable faisait l’alcool de la politesse et de l’indécence ?

« Déso… euh, oublie. J’aurais pas dû. C’est personnel…»

Par contre, manger des cacahuètes, ça, elle aurait peut-être dû.



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Léo Liehnn
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Lun 11 Sep - 23:40



Le boulevard de la mort.


Un taxi. Elle allait donc prendre un taxi. On en connaissait un qui fit une tête un peu malicieuse, tout à coup. Allait-il continuer à la faire flipper avec ses références ? Non. Il ne fera pas ça. Car oui, en grand fan de Tarentino, il aurait pu lui sortir le pitch d'un de ses fabuleux opus, Le Boulevard de la Mort. Mais il se garderait ça pour lui. Peut être un jour Léo lui montrerait, s'ils en avaient l'occasion, sur son ordi portable chez sa maman. Une gentille femme qui plairait sûrement à Eleonor. Douce, gentille, attentionnée. Bref, cela voulait dire qu'il y avait sûrement un peu d'elle au fond de Léo. Elle le découvrirait sûrement lorsqu'elle mettrait de côté cette peur qu'elle avait vis à vis de son franc parler, de ses tournures de phrases et le reste. C'était compréhensible et plutôt sympathique à visualiser, d'ailleurs, à quel point les deux personnages étaient aux antipodes l'un de l'autre.

La voyant perdre les pédales et le reprendre finalement, il s'en vu un peu soulagé. Oui, soulagé. L'alcool déliait son côté mystérieux, enfin, un peu détaché. Et puis cela devait faire une petite demi heure qu'ils étaient face à face, donc de moins en moins inconnus. Et puis visiblement, la demoiselle voulait de lui qu'il l'accompagne. Un bon point. Il ne lui aurait de toute manière pas laissé le choix.

Et la petite troupe de gamins du quartier ? Visiblement, ils s'étaient décimés. Plus rien à craindre ? Bien sûr que non. Cependant son garde du corps personnel allait sans aucun doute veiller au grain. Pour le moment ils étaient en sécurité. Alors qu'elle se détende. Qu'elle se détende...

"Ce qui me dérange, c'est que tu imagines encore après tout ce que je t'ai dit que justement, ça pourrait me déranger. Détends-toi Eleonor, je ne mange même pas de viande."

Végétarien, vraiment ? Comment un Allemand pouvait-il ne pas manger de viande ? Un amoureux des animaux, une blague ? On ne savait plus trop. Ce que l'on savait par contre, c'est qu'elle avait du mal avec le Français. Et ça, ça fit rire Léo qui pinça son nez en baissant la tête, se forçant à ne pas rire...
Elle avait le "re", oui oui.
Il n'ajouta malgré tout rien. Pas besoin de dire plus qu'un rire, n'est-ce pas ? Alourdir les scènes de mots inutiles n'était pas dans le vocabulaire d'un certain blond.

Puis finalement elle ouvrit la bouche une nouvelle fois où il ne l'aurait jamais imaginée. Elle n'avait pas tort. Et Léo s'arma de son sourire le plus malicieux possible pour enfin lui rétorquer un bon vieux...

"Perspicace..."

Evidemment qu'il rigolait et ne se moquait pas. Lui aussi laissait les mots couler lorsqu'il en avait en tête. Et elle était un peu craquante tout de même, à sortir des mors Anglais à tout bout de champ. Tsss. Ca se mange une Eleonor ? Ah non. Léo ne mangeait pas de viande, c'est vrai. On a eu chaud.
Puis finalement elle termina sa bière, tandis que de l'autre côté, le bar se vidait un peu pour l'intérieur. Il commençait à faire froid. Et le dit Léo... remit son sweat, même s'il était encore un peu trempé, et bien il n'avait pas le choix. L'autre choix sera sûrement de rentrer au chaud et d'aller voir ce qui s'y trame. Les gens semblaient excités, semblaient rire. Et il y avait de la musique. Pas de la musique actuelle moisie, non. Du bon vieux rock comme on aimait. Mais pas tout de suite. Eleonor commençait à lui raconter sa vie. Et il ne parut pas inintéressé. Une bonne chose, n'est-ce pas ?

"Ah." fit-il simplement, laissant le silence reprendre ses marques. Mais heureusement, il n'allait pas le laisser trop longtemps et le dégagea à coup d'une autre phrase. "Oui, du coup, tu peux me dire 'welcome' si tu veux. Trois ans que tu es à l'école et c'est la première fois que tu sors en dehors des endroits des touristes ? Incroyable. Tu dois être maternée."

Le genre de chose qu'un fils de militaire pouvait comprendre mais qu'il a toujours détesté.

"Ben écoute, j'peux te servir de guide et toi pareil. Un service rendu chacun. Je n'ai été que dans les rues un peu craignos du coin, et pas les endroits à touristes. Donc hein,
j'te fais visiter de jour l'envers du Paris, et toi à l'inverse, tu me fais visiter le beau Paris."


Comme ça, la balle est au centre.

La voyant appeler le serveur, Léo leva un sourcil puis la regarda commander son pichet de mojito. Il en profita pour demander un verre vide, et se servit lui aussi. Etonné de voir qu'elle préférait l'alcool plus fort, il s'en fut même un peu curieux, content, ou on ne savait pas trop. Un mélange de sensations sympathiques. Il l'aimait bien.

"Ah bah finalement, tu préfères les boissons de girls." lança Léo sarcastique. "T'as raison, j'aime bien le mojito moi aussi. Mais souvent à Paris, il est dégueulasse.
Enfin on va goûter ça, hein. Merci."


Un merci sec comme le désert, Léo ravala ses paroles à coup de Mojito bien frais. Ca désaltérait pas mal, et le laissera sûrement plus "soyeux" à l'avenir. Quoique le rhum rend fou. Une longue gorgée plus tard, on le vit frissonner. Oui, il caillait pas mal d'un coup. Et mouillé c'était un peu la galère.
Elle lui parla ensuite de Berlin, laissant Léo sur le cul, littéralement. Il leva un sourcil et soupira.

"C'est que tu n'as rien vu. Berlin c'est une architecture industrielle. La ville a été tellement ravagée aussi... Paris, ils ont rien eu, presque. Les Français ont joué la mauvaise carte pendant la guerre. A Berlin, mon père était du côté des connards, et je peux te dire qu'elle en a vu des belles cette ville. C'est pour ça que je la trouve magnifique. Bien plus que Paris, la ville des vendus."

Visiblement, ce sujet là le touchait un peu plus que le reste. Ou bien l'alcool l'avait un peu... chauffé. Mais il se calma bien vite en buvant une autre gorgée, et surtout car Eleonor engageait réellement la conversation. Mais elle s'excusait encore... ce qui fit soupirer littéralement Léo une nouvelle fois. Posant ses yeux lassés sur elle, il regarda son verre, réfléchissant. Allait-il répondre, l'engueuler, prendre sur lui ? Elle avait le temps de douter. Car il laissa bien une minute avant de reposer ses yeux sur elle et de...parler.

"Non. On ne m'a pas viré. J'ai juste décidé qu'on devait partir de là où on était car mon père n'avait plus de pouvoir de décision. Ma mère a toujours rêvé vivre à Paris, donc j'ai réalisé son rêve. Et avant, je vivais dans l'Europe de l'Est, les Carpates. J'étais à Durmstrang, l'école militaire sorcière."

Il n'avait pas dit les détails, hein, trop pudique. Et puis savoir les tenants et les aboutissants de l'histoire de Léo n'était sûrement pas ce qu'il voulait. Il se réchauffa les bras en regardant Eleonor, puis termina par dire...

"Tu veux pas qu'on rentre ? Je caille, et tu risques d'attraper froid toi aussi. Ca serait bête, juste avant la rentrée. Viens, on terminera tout ça posés là."

D'un mouvement de tête, Léo désigna deux fauteuils confortables vides dans le bar, derrière un amas de danseurs. Il se leva, et prit les deux verres ainsi que le pichet.

"Laisse moi tout ça, on va éviter deux drames dans une même soirée, hein. Je crois que j'suis déjà assez trempé comme ça. Tu peux m'ouvrir par contre ?"

Une demoiselle de bonne famille qui ouvrait à un genre de loubard. Pourquoi pas.

La suite à l'intérieur.
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Sam 14 Oct - 16:43



La vie n’est pas un conte de fée. Si vous perdez une chaussure à minuit, c’est que vous avez trop bu.



Léo devait définitivement être un chouette garçon. Un peu direct, un peu franc, avec un sens douteux des relations sociales, mais un chouette garçon malgré tout pour accepter d’attendre le taxi avec elle. Toutefois, il n’en demeurait pas moins étrange. Quel rapport entre un taxi et le fait de manger de la viande ? A moins qu’il ne la compare à un bifteck. Etait-ce un compliment pour les français qui aimaient tant manger ? Quoi qu’il était berlinois donc il n’y avait vraiment aucun rapport. Un brin perdu, l’américaine laissa échapper un simple :

« Euh… » un peu plus long suivi d’un « Merci. »

Tandis que Léo semblait avoir froid au point de remettre son pull humide, Eleonor ne paraissait pas le ressentir. Elle était pourtant en manches courtes puisqu’elle avait tout laissé dans la voiture quelques heures plus tôt. Ah. L’alcool, cette douce amie des nuits fraîches. Au moins son esprit pouvait-il se focaliser uniquement sur son levé de coude et la conversation en cours, sans être parasité par de quelconques pensées météorologiques. Ils avaient sauté l’étape de la discussion concernant la météo, ce n’était pas pour effectuer un rétropédalage de dernière minute.

« Maternée ? Non… enfin oui mais… Well, je veux dire… »

La honte. Bien évidemment qu’elle était maternée. Peut-être pas de la façon dont les français lambda l’étaient, mais il était évident qu’elle n’avait pas vu un dixième de la vraie vie. Finalement, le fait d’être en pension complète à l’étranger avait au moins un effet bénéfique sur les œillères dorées dont le carcan familial la dotait. Toutefois, un parfait inconnu n’avait pas besoin d’en avoir la preuve… Un jour, elle aurait une image de sorcière forte et indépendante. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle cassait son portable pour apprendre la vie.

« L’école est loin de Paris et euh j’y vais que pour des vacances. » tenta-t-elle de se justifier finalement, les yeux rivés sur le verre entre ses mains légèrement crispées.

La proposition de découvrir la ville avec Léo était affreusement tentante. Quelle aventure cela représentait-il ! Elle se voyait déjà raconter à Maggie sa rencontre fortuite avec un bel inconnu avant d’aller se promener sur Montmartre. D’un autre côté, cette séquence improvisée de film nécessiterait de sortir en catimini de l’hôtel alors qu’elle allait probablement être privée de sortie jusqu’à la fin des vacances compte tenu de l’heure tardive à laquelle elle allait rentrer. Elle aurait pu mentir comme elle l’avait fait ce soir en prétendant quelque chose de magique. Mais, était-ce vraiment une réussite ? Aussi, ce fut avec le courage d’un serpentard qu’on envoyait dans une guerre perdue d’avance, que la brune hocha simplement vaguement la tête en buvant une nouvelle longue gorgée.

Eleonor ne savait pas si le mojito était « bon » ou « dégueulasse », comme le prétendait Léo puisqu’elle n’avait aucun point de comparaison possible. La seule chose dont elle était présentement certaine c’était que la menthe lui plaisait plus que l’amertume de la bière, bien que les premières gorgées l’avaient plus que surprise, l’obligeant à se taire quelques secondes.

« Si il était allemand, il a pas choisi d’être du côté des euh… du mauvais côté. » souffla-t-elle doucement. «  Et, c’est euh… c’est la même pour beaucoup de français. La ville, elle a ‘rien’ eu… mais, c’est parce qu’ils ont eu la chance. Les allemands voulaient détruire le tout quand ils ont perdu parce que les américains sont arrivés…. »

A fréquenter les places touristiques et les dizaines de guides, on finissait par connaître plus que de raison l’histoire d’un pays qui n’était pas le nôtre… bien qu’au fond, on saisissait rapidement la non objectivité dont pouvait faire preuve les américains. Peut-être qu’un bon guide était ce qui lui avait permis d’apprécier la ville lumière. Peut-être lui manquait-il simplement la même chose pour découvrir les bonnes facettes de Berlin.

Eleonor fronça légèrement les sourcils en entendant que c’était Léo qui avait choisi de venir, exposant sans honte que le patriarche n’avait pas eu voix au chapitre. Dans son esprit embrumé, le lien se fit alors. Les parents de Léo étaient séparés et il vivait avec sa mère. Cela expliquait la vision qu’il paraissait avoir de son géniteur.

« Ta mère va s’ennuyer toute seule si tu as pas de frères et sœurs. Tu as ? »

Tandis qu’elle disait cela, Eleonor intégrait la seconde information importante glissée par le blond. Léo était donc un nouveau « grand » qui avait étudié à Durmstrang. Comme Conrad. Comme Aaron. Il semblait exister une sorte de malédiction qui faisait que, lorsqu’elle s’attachait à un ex-élève de Durmstrang, celui-ci finissait par quitter l’école quelques mois plus tard. La seule différence, c’était qu’elle n’avait plus onze ans désormais. Elle n’était plus censée avoir besoin de se reposer sur une figure faisant office de frère ainé. Aussi, peut-être cela serait-il différent pour Léo.

Elle s’aperçue à peine s’être perdue dans ses pensées et sursauta presque quand son ami d’un soir lui proposa de rentrer. Avant qu’elle n’ait pu dire quoi que ce soit, il avait déjà récupéré l’important, à savoir les verres et l’alcool. Elle se releva rapidement pour lui dire que ce n’était pas la peine mais le monde tourna et Eleonor eu l’impression de se retrouver embourbée dans la mélasse. Sa main vint naturellement chercher la table pour s’y agripper avec force, tandis que ses pieds s’encraient dans le sol pour lui rappeler qu’elle n’avait pas bougé, contrairement à ce que l’alcool voulait lui faire croire.

« C’est gentil mais je vais rentrer. Je euh… Il est déjà tard. »

Et elle ne se sentait définitivement pas de rentrer dans ce bar. Les fauteuils semblaient pourtant confortables, et si elle s’y était assise, elle n’aurait sans doute plus jamais voulu les quitter. Là aurait été tout le problème d’ailleurs. Ce n’était pas raisonnable. Et une lueur de lucidité lui intimait encore de l’être. Quelle plaie d’être une fille raisonnable. Elle aurait pu suivre Léo, l’entrainer pour danser jusqu’au bout de la nuit. Une autre fille l’aurait sans doute fait. Elle, elle se contenta de sourire poliment, estimant peut-être que c’était déjà très rebelle de sa part d’avoir été jusqu’ici.

« Tu peux garder le mojito qui reste…. »

On faisait les cadeaux que l’on pouvait se permettre.
Ses doigts tentèrent de rallumer son téléphone mais celui-ci demeura obstinément éteint.

« Je peux euh… prendre ton téléphone pour appeler un taxi ? »

New-York lui manquait en cet instant. Où étaient les voitures jaunes et noires qu’on pouvait héler à n’importe quel endroit à n’importe quelle heure du jour et de la nuit lorsqu’on avait besoin d’elle ?
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Léo Liehnn
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MessageSujet: Re: Paris, Montmarte - nuit.   Lun 16 Oct - 15:50



Minuit, ou l'heure où les monstres se réveille.

Un chouette garçon, tant que ça ? Le jeune homme n'aurait pas la prétention pour le dire. Léo était naturel, ne se forçait en rien, et agissait de manière totalement normale selon lui. Alors oui, cela le mettait peut être dans la case de la bonne personne, d'un mec 'bien', mais encore fallait-il qu'il ait assez de recul pour se le dire. Et visiblement, il s'en fichait royalement. Ce qui l'importait était la santé et le bien être d'une demoiselle fraîchement rencontrée, qui,
comme par pur hasard, serait donc une future camarade de l'école. Il aura donc la joie de l'avoir dans son champ de vision, non pas pour la surveiller, mais bien pour la protéger, au besoin. Peut être n'était-ce pas nécessaire, mais sa fragilité l'avait touché.
Il n'aurait jamais pris le temps d'agir de la sorte, sinon. La perte de temps n'était sûrement pas dans ses principes, au vu de son attitude.

Enfin ! Elle n'avait pas compris ce rapport entre la bouffe et elle, ce qui le fit sourire.
Il avait regardé ailleurs, avait pouffé légèrement. Son merci était franchement mignon,
il fallait l'avouer. Mais Léo n'était pas du genre expansif non plus, il savait aussi contrôler, malgré l'alcool, son faciès pour éviter que les gens se méprennent sur ses pensées. Son visage restait donc souvent le même. Sauf là, oui, elle lui avait arraché encore un sourire. Cela prouvait sûrement qu'il l'aimait bien.

Alors il avait raison. Elle était maternée la petite, enfin, quelque peu. Il soupira malgré tout, s'adossant sur sa chaise en se réchauffant les bras.

"Maternée au point où ils te laissent te balader toute seule ici..."

Oui hein. Pas malin.

"Je vois. Je n'ai pas encore été à l'école, donc... ouais, niveau distance, je ne sais pas du tout ce que ça représente. C'est au Sud c'est ça ?"

Sûrement. Il ne semblait pas avoir besoin d'une réponse.

Son verre entre ses mains se vidait vraiment rapidement. Les mojitos se buvaient bien,
et on pouvait remarquer les joues rougies du jeune homme, comme si l'alcool montait lentement mais sûrement. Néanmoins, pas de changement notable dans son attitude.
Peut être simplement un début et flot de parole de plus en plus longs.

Alors donc elle serait capable de partir à l'aventure avec lui ? Cette idée lui plaisait,
pour sûr. Et ils auraient sûrement le temps de le faire une fois qu'ils se reverraient à l'école. Du moins, Léo n'avait qu'une parole. Simplement, l'heure tournait vite, un peu trop vite. Et l'alcool déréglait l'espace temps, souvent, au point où les heures semblaient passer comme des minutes. Chiant, oui, c'était chiant. La nuit ne semblait pas assez longue, surtout pour un amoureux de la fête comme lui. Mais au lieu de méditer sur le temps, elle lui rappela quelques petites choses au sujet de Paris pendant la guerre.
Il ne répondit rien, juste un grognement quelque peu significatif du 'oui tu as raison,
mais bon'. Car pas d'argument contre, notable, ou autre. Mais après une minute de silence, il ajouta tout de même.

"Mon père est un lâche, un raciste, un mec qui a tué des Juifs par centaines pour se faire bien voir d'Hitler. Donc non, il aurait pu le faire à contre coeur. Il était Sergent,
un "grand", comme il dit. J'en suis pas fier."
Peut être pouvait-elle comprendre un peu mieux l'amertume qu'avait Léo vis à vis de son paternel et du régime en question ?Enfin. Il préféra ne pas trop s'étaler pour le moment, histoire de ne pas rentrer dans une mauvaise humeur latente. Le sujet était sensible pour lui, on pouvait tout à fait le comprendre. Et même s'il avait sûrement des anecdotes à raconter sur le sujet, il n'en dira rien.

La voir froncer les sourcils lorsqu'il avait parlé de son père, elle n'eut donc pas le choix que de lui expliquer et lui dire la vérité. Oui, peut être qu'il n'allait pas tout dévoiler non plus... mais hein.

"Non, je suis fils unique. Et ma mère n'est pas seule, il est encore là mon père. Sauf qu'il est... 'fin... il est devenu taré et bouffe des médocs sur sa chaise toute la journée en regardant la télé. Il parle même plus, mais ma mère veut pas l'foutre en hôpital psychiatrique parce qu'on a pas assez de thunes pour ça, et qu'on n'sait jamais. S'il pète les plombs, on serait bien dans la merde. Donc on garde un oeil sur lui." Petite pause.
"Mais t'en fais pas, ma mère sort beaucoup et s'occupe d'elle ici. Elle a des copines et va travailler j'crois."

Qu'elle ne s'inquiète pas. Elle était choupette hein à s'inquiéter pour la maman Liehnn.

Alors maintenant il était peut être temps de rentrer, et potentiellement danser. Mais minuit avait sonné, et Léo n'allait pas la kidnapper plus que ça. Jetant un oeil au dehors,
la troupe de gamins s'était décimée. Ca n'était pas pour cela qu'il semblait rassuré,
simplement, il n'aurait pas à se battre dès la sortie du bar.
Sans un mot, il sortit son téléphone de sa poche arrière. Un téléphone... simple. Pas un iPhone ni le dernier Android. Un samsung basique un peu pété. Il composa le 3607,
et après une demi-seconde...

"Oui, j'voudrais un taxi pour le 36 rue des Abbesses s'il vous plaît. Au nom de Liehnn." ... "A tout d'suite, merci." Mais ? C'était pas pour Eleonor et non Léo ? Allait-il rentrer avec elle ? Meuh non, qu'elle se rassure. C'était juste plus simple comme ça.
Il termina les deux verres d'une traite, puis attendit de voir une BM noire arrivée devant le bar, et mettre les warnings.

"Le carrosse de la princesse est arrivé." fit-il pour elle.

Il ouvrit la porte du bar, la laissant passer, et toqua à la fenêtre de la voiture.

"C'est pour Liehnn oui, mais ma copine monte à ma place. Moi j'rentre en métro, merci m'sieur."

L'homme semblait de confiance, avait une barbe blanche et une tête plutôt sympathique.
Ouvrant la porte pour laisser entrer Eleonor, il lui fit la bise sans aucune gêne.

"Bon, tu donnes l'adresse de ton hôtel ou chez toi, et tu m'envoies un message quand t'es arrivée steuplait. Avec le tel de j'sais pas qui, ta mère p'tet. Tiens."

Il sortit un papier qu'il fourra dans sa main.

"Ciao Eleonor, c'était sympa. On s'revoit à l'école, et d'ici là évite de te faire manger par les loups parisiens."

Petit sourire mignon.

Léo ferma la porte ensuite, notifiant tout de même quelque chose au chauffeur. Mais elle ne put savoir quoi, car il lui avait dit dans l'oreille, étant passé du côté conducteur. Son regard semblait avoir été véritablement sérieux.
Puis laissant la voiture partir, il resta sur le trottoir, mains dans les poches.

Quelques minutes plus tard, Léo soupira, et se dirigea en direction de la bouche de métro. Il était grand temps de partir, un peu chancelant, mais maîtrisé. La suite IG,
maintenant.

RP Terminé !
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